Travailler au Brésil

Souvent, quand je rencontre des brésiliens, ils me demandent ce qui m’a étonnée en arrivant au Brésil ? Il y a une chose que je réponds systématiquement : l’existence d’emplois qui n’existent pas en France (et il y en a beaucoup).

Déjà, il y a des métiers qui me semblent dater d’un autre temps comme les cireurs de chaussures dans la rue mais je me rends bien compte que ce métier existe encore dans beaucoup de pays (pas besoin d’aller bien loin, on trouve des cireurs de chaussures au Portugal).

Mais il y a d’autres métiers que je ne m’apprêtais pas du tout à découvrir !

Dans chaque bus, il y a deux personnes. Le chauffeur (‘motorista’) qui conduit le bus et une autre personne, assise au milieu du bus, en face d’un tourniquet, qui fait payer les titres de transport ( le ‘trocador’). Au début, je ne comprenais pas quelle était l’utilité de cette deuxième personne. Je trouvais que c’était un imagespeu créer  un emploi pour en créer un. Puis, j’ai pris le bus plus souvent et je me suis rendue compte que vu le nombre de personnes qui prennent le bus, ça aurait pris un temps incroyable pour que le chauffeur fasse payer tous les passagers. Grâce à cette deuxième personne, les gens montent et payent quand le bus roule. Ce n’est donc pas si bête que ça mais ça reste surprenant pour tout européen qui prend le bus pour la première fois au Brésil.


A l’entrée de tous les immeubles, il y a un ‘porteiro’ qui contrôle les allées et venues dans le bâtiment. A Recife, la loge du ‘porteiro’ était adjacente à la porte d’entrée donc c’était littéralement lui qui nous ouvrait et fermait la porte à chaque fois qu’on entrait ou sortait du bâtiment. A Rio, où j’habite, c’est différent : le ‘porteiro’ est assis à l’autre bout de l’entrée de l’immeuble mais il déverrouille à distance la porte à chaque fois que quelqu’un veut rentrer. S’il ne reconnaît pas la personne, celle-ci doit justifier sa venue à travers l’interphone et le ‘porteiro’ appelle ensuite l’appartement en question pour voir si cette personne est bien autorisée à entrer. Techniquement, j’ai la clé de la porte d’entrée mais je ne l’utilise jamais. Bien sûr, il y a donc un porteiro 24/24h, 7/7j. Grâce à ce système, je dois dire que je me sens vraiment en sécurité dans l’appartement. Et puis, les porteiros de mon immeuble sont vraiment sympas, ils essayent de me parler en portugais à chaque fois et quand ils remarquent que je fais des progrès, ils me félicitent.


Après, ce qui m’a le plus surpris, ce sont les ’empregadas’. Il y a encore quelques années, tous les foyers de classe moyenne ou supérieure avaient une empregada. C’est une sorte de femme de ménage sauf qu’elle reste toute la semaine dans la maison (elle y dort même) et elle y fait à manger, la vaisselle, les lessives, le repassage, le ménage, les courses,  Unknowns’occupe des enfants,… Ainsi, dans toutes les maisons et appartements, il y a toujours une toute petite chambre avec une toute petite salle de bain qui sont destinées à cette femme. La première fois que j’ai vu ces pièces, j’ai cru que c’était une blague car je ne comprenais pas comment quelqu’un pouvait y vivre. C’était vraiment très petit et souvent insalubre, sans forcément de fenêtre. Avoir une empregada signifie également qu’il y a en permanence quelqu’un chez toi qui effectue toutes ces tâches. Je trouve ça très étrange. Disons que dans les foyers très riches, ça me surprend moins. C’est le fait que presque tous les foyers de classe moyenne en ait une qui me surprend. Ce n’est pas une généralité mais souvent, les « maîtres » ne lui adressent pas la parole ou seulement pour lui donner des ordres. Elle mange à part, souvent cachée dans sa chambre. Je suis allée dans une famille qui en avait une et j’étais très mal à l’aise. La hiérarchie sociale est fortement imposée. Le plus souvent, les patrons sont blancs et l’empregada est noire. Ca me rappelle vraiment la situation montrée dans la film « La Couleur des sentiments ». Au final, cette personne vit chez toi et s’occupe exclusivement de ton foyer alors qu’elle a la plupart du temps une famille et des enfants dans la favela d’à côté. Du coup, cette personne n’a pas de vie privée puisqu’elle est en permanence au travail, dans la maison de son patron. Le plus souvent, la nuit, elle profite que les propriétaires dorment pour laver les pièces communes… J’ai vraiment du mal à concevoir que ce genre d’emploi puisse exister dans une ville comme Rio. Du fait du très faible coût de cette main oeuvre, pas besoin d’être riche pour disposer en permanence d’une domestique chez soi, ce qui explique que ce métier était il y a encore peu de temps très répandu. Il est très courant qu’une empregada reste 20 ans voire plus chez une même famille. Elle fait donc partie du foyer d’une certaine manière, ou plutôt elle fait partie des meubles.

Récemment, la loi a changé de manière à mieux réglementer le travail autrefois très précaire de ces personnes. Désormais, il me semble qu’elles ne peuvent plus travailler plus de 8h par jour et elles bénéficient d’avantages salariaux comme la retraite ou le salaire minimum dont elles ne disposaient pas avant. Du fait de ce changement de réglementation, certains brésiliens n’ont plus recours à ces domestiques mais à des faxineira ou diarista, c’est à dire des femmes de ménage qui viennent à la journée. Je trouve ça assez drôle car je suis tombée sur un nombre important d’articles qui parlent de l’angoisse des classes moyennes qui craignent justement de ne plus pouvoir se payer cette main d’oeuvre qui devient de plus en plus chère. Souvent les gens interrogés répondent au journaliste : « mais comment on va faire ??? ». C’est simple, tu vas passer l’aspirateur et laver ta vaisselle tout seul. J’ai vraiment l’impression de lire des articles à propos d’une bourgeoisie occidentale tout droit sortie du XIXe siècle… Ce qui est quand même drôle, c’est que les Brésiliens sont choqués au contraire qu’on ait pas d’empregadas en France, du moins pas autant, et que ça me choque qu’eux en aient.

J’ai encore du mal à totalement cerner l’importance de cet emploi et tous les enjeux qu’il y a derrière mais c’est vraiment quelque chose qui m’a choquée dès ma venue au Brésil l’année dernière mais qui en même temps m’intéresse énormément (d’autant plus que j’adore la sociologie). Cette semaine, en classe de sociologie, on a regardé un documentaire qui est justement consacré à ces empregadas. Je vous joins le lien du trailer. Je trouve qu’il en dit déjà beaucoup et j’espère que ça donnera envie à certains de voir le documentaire en entier. Ce sont 7 adolescents qui ont accepté de filmer leur empregadas dans leur vie de tous les jours (ou plutôt leur travail de tous les jours), tout en leur demandant leur ressenti et quels étaient leur parcours de vie. C’est un documentaire reconnu au Brésil et je trouve qu’il fait énormément réfléchir. N’hésitez pas à le regarder !

Je vous joins également les liens de quelques articles que j’ai trouvé à ce sujet pour les gens que ça pourrait intéresser :

Article Courrier International

Le petit monde des travailleurs domestiques au Brésil 

Etre domestique : une réalité qui évolue au Brésil 

Le Brésil émancipe ses domestiques 

Article de Libération sur cette nouvelle réglementation brésilienne 


Mais le métier qui m’a le plus choquée, c’est celui des ascensoristas. Quand je suis arrivée à la PUC, je voyais souvent des chaises vides dans les ascenseurs et je ne comprenais pas pourquoi. Puis, j’ai vu des personnes qui y étaient assises, dans ascensoristal’ascenseur. Je suis donc allée demander à ma prof pourquoi ces personnes étaient là, sans rien faire, assises dans l’ascenseur. Ca l’a bien fait rire. Elle m’a répondue : « C’est leur métier, elles sont payées pour ça ». Je savais qu’il y avait des métiers étranges ici mais là je ne comprenais plus rien… Pour tout vous dire, ces personnes sont payées pour appuyer sur les boutons des ascenseurs pour vous emmener au bon étage… Ma prof m’a expliquée qu’autrefois, les ascenseurs étaient plus compliqués et que cette profession était plus utile. Mais avec la modernisation des ascenseurs, le métier est resté et voilà donc comment le Brésil s’est retrouvé à avoir des gens qui travaillent dans les ascenseurs. J’ai beau essayé de comprendre, ça n’a aucun sens pour moi !


L’existence de tous ces emplois qui peuvent nous surprendre a pourtant un avantage certain : elle garantit un taux de chômage relativement bas malgré la crise que le Brésil traverse actuellement.

Je pense également que ces emplois ‘précaires’ (même s’ils tendant à sortir de la précarité, comme on l’a vu avec les empregadas) sont liés avec la proximité entre entre les favelas et les quartiers riches. Toute personne de classe moyenne ou supérieure a recours quotidiennement à une empregada ou à un porteiro et elle va puiser cette main d’oeuvre bon marché dans les favelas qui se trouvent dans la rue d’à côté. Ainsi, même si la société brésilienne reste très hiérarchisée et cloisonnée, on observe qu’il existe un contact permanent entre ces deux mondes (ce qui n’est pas forcément le cas en France entre classe populaire et supérieure qui ne se côtoient que très peu). Petit aparté, l’autre lieu où ces différentes classes sociales se retrouvent, c’est le plage : on peut facilement voir des personnes très aisées profiter du soleil sur la plage à côté d’une bande d’enfants de la favela d’à côté qui jouent au foot.

Marine.

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Une réflexion sur “Travailler au Brésil

  1. Super intéressant
    Merci pour toutes ces infos
    Le monde se globalise, mais chaque pays à sa vitesse
    Avec son histoire et ses références

    Merci Marine
    Ps: le petit journal recherche un remplaçant a Martin weill😊

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