De la plage des quartiers riches au favéla de la zone Ouest

Il est maintenant temps de vous expliquer ce que j’ai fait pendant ces 2 mois d’absence. Je crois que j’ai rarement été aussi heureuse dans ma vie. Je me sens incroyablement bien dans cette ville, je suis très occupée, je voyage mais surtout je me sens utile !

Même si j’ai trop souvent tendance à l’oublier, je suis ici pour étudier. Pour valider la deuxième partie de mon semestre, j’ai eu deux devoirs sur table mais le plus gros de mon travail était la rédaction d’essai (et non pas de dissertation, dieu merci). Au cours du mois de novembre, j’en ai écris un sur la politique extérieure brésilienne pendant les mandats présidentiels de Lula mais également un sociologique sur l’église évangélique universelle. C’est un sujet que j’ai choisi avec Anne-Louise et sans doute le sujet le plus intéressant que j’ai traité dans ma vie. Le but était le suivant : passer un temps important dans un lieu pour observer et analyser les comportements des gens qui s’y rendent (un étude sur le terrain en soi, ce qui est difficilement imaginable en France). L‘Eglise évangélique est une branche de protestantisme très présente au Brésil. Un organisme de sondage brésilien estime que plus de 20% de la population brésilienne appartient à une église évangélique (car il en existe de nombreuses, proposant des ‘services’ très différents). De mon point de vue de française athée, j’assimile cette église à une secte. L’un des gars rencontrés dans la Chapada était évangélique et sa façon de vivre sa foie m’avait vraiment frappée car elle contrôlait tous les aspects de sa vie. Du coup, avec Anne-Louise, on a décidé de s’y intéresser pour notre essai.

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On s’est rendu dans une des églises pour assister à la messe du dimanche (sachant qu’il y a des réunions différentes tous les jours de la semaine, contrairement aux messes de France qui peinent à se dérouler une fois par semaine) : une église Universel qui est une branche assez extrême de l’évangélisme. Pour nous deux, c’était le choc. Il y aurait des millions de choses à dire mais je vais essayer de vous expliquer ce que j’y ai ressenti. Déjà, en entrant, tous les gens étaient debout, des bouteilles d’eau à la main qu’ils levaient au ciel, et priaient à haute voie. C’était très étrange mais aussi très intense. L’Eglise était très moderne, avec un système d’éclairage sophistiqué et une sono digne d’une salle de concert. Le Pasteur était en costume cravate et parlait à travers un micro. Il n’amenait vraiment pas les gens à réfléchir, il leur disait quoi faire mais surtout il a fait appel au don plusieurs fois. Rendez vous bien compte, certaines églises acceptent la carte bancaire pour les « dons ». Il y a énormément de gens qui viennent, qu’ils soient seuls ou avec leur famille et tout le monde est très actif. A un moment, tout le monde s’est mis à prier à haute voie, en pleurant et criant. Des personnes tombaient au sol de tristesse. Anne-Louise a du sortir à ce moment car c’était trop pour elle. Du début à la fin, j’avais l’impression d’être dans une cérémonie d’exorcisme : les gens criaient « SORS » tout en faisant un mouvement de bras comme s’il expulsait quelque chose de leur corps. A cause de tous ces rituels gestuels (qu’on ne faisait pas), on a vite été repérées, deux personnes de l’Eglise sont venues nous voir pour nous demander si l’on voulait rencontrer le Pasteur. Une croyante de notre âge (qui avait pleuré tout le long de la messe) nous y a accompagné. Le Pasteur nous a reçu de manière très froide et distante. On lui disait qu’on était curieuse limite qu’on voulait se convertir mais il répondait très vaguement. En quelques secondes, il a vu qu’on était pas les cibles idéales pour lui. Le plus frappant c’est qu’avec son costume et son gel dans les cheveux, j’avais plus l’impression que c’était un homme d’affaire (ce qu’il est en pratique). Il avait pas l’air de croire une seconde en ce qu’il racontait. Je crois que pour lui, on représentait une menace. J’ai appris par la suite que de nombreux journalistes infiltraient ces églises pour mieux les dénoncer. Il a du croire qu’on ne faisait partie. Avec Anne-Louise, on s’est rendue compte que l’assistance des églises évangéliques était composée en majorité de personnes de classes défavorisées (dans la favéla Babylonia, alors que le catholicisme est la religion la plus pratiquée au Brésil, il y a 18 églises évangéliques contre 1 catholique). Pour des gens qui n’ont que très peu de chances de voir leur vie s’améliorer, être croyant semble leur seule échappatoire. Je pense donc que l’église cible les gens vulnérables pour les convertir et ainsi avoir plus de fidèles mais aussi plus de dons. Tout est très bien rodé, on dirait presque qu’une entreprise. Ils ont une charte graphique bien précise, avec un logo omniprésent dans la ville, qui est présente sur toute les églises Universal. Ils utilisent remarquablement bien des techniques de marketing utilisées par de grandes marques. Vous l’aurez compris, ça n’a rien à voir avec nos églises françaises. Ca reste une expérience très enrichissante malgré le fait que je reste persuadée que ce genre d’église n’est rien d’autre que de la manipulation sur des personnes vulnérables.


A côté, fin novembre/début décembre, j’ai eu deux partiels mais franchement c’était plus des questions de lecture. J’étais un peu inquiète car c’est en portugais et parce que j’ai pas eu le temps (ou plutôt j’ai pas pris le temps de réviser). Pour la matière que je redoutais le plus, j’ai révisé à peine une soirée car j’avais passé ma semaine chez Fatima (sachant qu’on devait lire près de 300 pages en portugais). J’ai un peu abusé pour le coup. Mais le niveau étant relativement bas, je m’en suis bien sortie avec une des meilleures notes de la classe. Au final, j’ai validé largement toutes mes matières et là, je suis en vacances jusqu’à mars (soit 3 mois de vacances – c’est l’été ici). Je l’ai compris maintenant, mon année se fera peu devant mes cahiers.



Mais je vous rassure, malgré cela, je n’ai que très peu le temps de m’ennuyer. 

IMG_7822.JPGEncore et toujours, j’ai des amis qui viennent me voir sur Rio. Fin novembre, c’était le tour d’une amie brésilienne que j’avais rencontré en Argentine : Bruna. Elle est venue faire une formation de quelques jours en psychologie mais elle en a profité pour rester un peu plus avec des amies histoire de profiter de Rio. Du coup, j’ai passé pas mal de temps avec elle, j’ai fait visiter Rio à des Brésiliennes. Je les ai entre autres emmenées au Morro dos Dois Irmãos, voir l’une des vues les plus belles de Rio (que vous devez connaître à force!). Je me suis super bien entendues avec ses amies qui sont de la même ville qu’elle (Campo Grande), si bien que j’étais avec elles hier soir à Campo Grande (aujourd’hui, quand je vous écris, je suis à Campo Grande, à l’autre bout du Brésil, en vacances chez mes amies rencontrées en Argentine et ces filles qui sont venues à Rio mais je vous raconterai ça en temps voulu).

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Je fais également partie d’un des Rotaracts de Rio, c’est l’équivalent du Rotary mais pour les jeunes. Pour les gens qui me lisent et qui ne me connaissent pas trop, j’ai passé un an aux Etats-Unis grâce au Rotary il y a 6 ans. J’avais été extrêmement encadrée par des membres du Rotary là-bas, j’avais participé à de nombreuses réunions et congrès pour y IMG_7488.jpgprésenter la France mais aussi pour aider dans le cadre d’action humanitaire (pour aider Haiti entre autres). J’avais adoré. En rentrant en France, je n’avais jamais pris le temps de m’engager dans un des clubs locaux (aussi parce que les clubs sont beaucoup moins actifs en France). Je me suis donc dit que c’était le bon moment pour m’y remettre. Je fais partie d’un des clubs de Rio, avec une dizaine d’autres jeunes. Les actions se concentrent sur l’aide au favéla et sur la prévention (contre les excès de vitesse,…). Je les rencontre quasiment tous les jeudis soir pour organiser nos projets. Le mois dernier par exemple, on s’est rendu dans une des favelas de la zone sud, Babylonia, pour leur remettre des livres qu’on avait récolté. On a installé 4 frigos qui ne marchaient plus, on les a placé dans plusieurs endroits de la favéla, en les remplissant de livres. La plupart des livres sont destinés aux enfants pour qu’ils aient accès à la culture. Tout ce projet, c’est l’idée d’André, le président des habitants de la favéla. Ils nous a dit qu’il ne voulait pas d’argent mais de l’aide pour développer la favéla et donner un accès plus large à la culture pour les enfants du quartier. Quand on y est allé, il y avait un festival organisé pour promouvoir la culture (des centaines de livres en libre-service) mais aussi pour parler de la favéla et de son développement. Il y avait de très anciens habitants qui venaient sur scène pour parler de la favéla dans les premières années, en montrant des photos. C’était vraiment super intéressant. C’est les habitants qui ont tous construits : les maisons mais aussi les rues, les places,… Les habitants des favélas sont vraiment des gens extrêmement créatifs et talentueux : ils ont appris depuis jeunes à faire beaucoup avec quasiment rien. Après avoir passé la journée là bas à installer les frigos, ils m’ont invité à manger une feijoada (le plat brésilien par excellence fait de viande, de riz et d’haricots rouges). C’était vraiment vraiment cool !

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Marine. 

 

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