Le début d’une belle aventure – Pourquoi voyager seule ?

Aujourd’hui, un orage accompagné d’une sympathique pluie tropicale a décidé de s’abattre  sur Rio. Rien à voir avec une pluie à l’européenne : ici quand il pleut, il pleut vraiment. Les seules personnes que tu croises dans la rue sont en train de courir car même un parapluie ne peut te protéger des trombes d’eau qui tombent du ciel. Et puis, grâce à l’incroyable système d’évacuation des eaux de la ville, quand une telle pluie s’abat sur Rio, ce sont tous les axes routiers qui sont paralysés car recouverts de 10 à 20cm de flotte. Sachant que ce genre de pluie tropicale frappe la ville au moins une fois par mois, c’est pratique. Et je ne vous parle même pas des favélas qui, situées à flancs de colline, deviennent de gigantesques cascades (l’eau venant du sommet emportant tout sur son passage). Les glissements de terrain suite aux intempéries font chaque année des morts à Rio (dû à la précarité des habitations).

Mais bon, la pluie, ça a quand même ses avantages : puisque je suis coincée chez moi, je peux enfin commencer de vous raconter mon incroyable périple en sac à dos à travers le continent sud américain.

A la base, après avoir rendu visite à mes amis dans le Mato Grosso do Sul et avoir reçu mes parents à Rio, je voulais découvrir la Bolivie, le Pérou, l’Equateur et la Colombie pendant les deux mois de vacances qui me restaient (oui oui, j’ai bien eu 3 mois de vacances). Il y a cependant eu un petit imprévu : le carnaval tombait cette année au tout début du mois février. J’ai donc dû modifier mes plans : au programme, 1 mois pour la Bolivie et le Pérou, pour ensuite rejoindre Recife pour le carnaval avant de partir découvrir un peu plus le Nord-est du Brésil pendant les quelques semaines qui me restaient.

Bon, « prévoir » est un bien grand mot car au final, à mon départ, je n’avais réservé que mon billet d’avion pour arriver en Bolivie début janvier et celui pour repartir du Pérou début février. Le trajet entre ces deux points était encore indéfini à ce stade. Mais voilà, c’est le mode de voyage que j’avais choisi (ce n’est pas par flemme ou manque d’organisation), mon but était réellement de partir sans itinéraire fixe, ni réservation, de façon à pouvoir moduler mon parcours en fonction de mes envies et de mes rencontres. Sachant également que pour les longues distances, mon unique mode de transport était le bus (et que certains trajets pouvaient excéder les 20h), il était relativement impossible de savoir avec certitude quels jours j’allais me trouver à tel ou tel endroit. Donc voilà, le ton était donné : me voilà partie avec mon sac à dos quechua de 10kg, sur les routes de l’Amérique du Sud, sans savoir la veille où j’allais dormir le lendemain. Bien que pouvait en effrayer certains, ce paramètre a rendu mon voyage incroyablement intense et excitant.

Deuxième petit détail : je suis partie voyager toute seule et il me semblait important de revenir sur ce point dans mon blog. Une fille qui voyage seule, ça ne laisse personne indifférent : certaines personnes y voyait un acte de courage, d’autres parlaient au contraire d’inconscience. Quand j’ai annoncé à ma famille ce que je m’apprêtais à faire, beaucoup n’ont pas compris et ont pris peur. J’ai d’ailleurs beaucoup apprécié les réflexions du type « tu sais l’Amérique du Sud c’est dangereux », venant de personnes qui n’avaient jamais mis un pied en Amérique du Sud et qui se fiaient uniquement aux quelques reportages un peu trash qu’ils avaient vu sur M6 et D8. Donc, non je ne suis pas inconsciente, je sais pas bien que l’Amérique du Sud, ce n’est pas l’Europe mais ce n’est pas la Syrie non plus. Je me suis au préalable renseignée dans les zones sensibles de chaque pays, je demandais en permanence aux locaux dans quels quartiers ils étaient préférables de ne pas traîner etc… Honnêtement, avec un peu de bon sens (ne pas se balader avec des bijoux ou son portable dans la main), le risque qu’il se passe quelque chose était vraiment réduit (mais bien sûr jamais nul).

Et puis je me suis également prise des remarques du genre  » Pourquoi tu voyages toute seule ? tu n’as pas d’amis ? ». Pour toutes ces personnes qui ont pu penser ou me dire cela, je leur répondrai que si, j’ai des amis et que voyager seul n’est aucunement révélateur d’une misanthropie ou asocialité. Je pense au contraire que celle ou celui qui voyage seul à des aptitudes particulièrement développées pour rencontrer des gens et créer rapidement un lien avec ceux-ci. Car oui, voyager seul, c’est en réalité ne jamais voyager seul (et je pense que cette affirmation est d’autant plus vraie en Amérique du Sud). Les personnes qui me connaissent savent que je ne suis vraiment pas quelqu’un de solitaire. Au contraire, j’aime partager chaque instant de ma vie avec quelqu’un et rien que l’idée de manger un repas toute seule me déprime. Et là vous vous dîtes : mais alors pourquoi donc as tu décidé de voyager seule ? La raison majeure est que ce n’est pas si facile de trouver quelqu’un avec qui voyager : il faut déjà trouver quelqu’un qui soit disponible au même moment que toi, qui ait le budget à ce moment là et qui ait envie de faire les mêmes choses que toi (et qui ait envie de voyager aussi accessoirement!). Je peux vous dire que là, en général, il ne reste plus grand monde. Et il était hors de question pour moi de ne pas voyager sous prétexte que personne ne puisse m’accompagner. Et puis, je pense vraiment qu’un tel voyage ne se fait pas avec n’importe qui. Voyager à l’arrache, si je puis dire, durant autant de temps, c’est intense. Ca pousse chaque personne dans ses retranchements. C’est stressant. Et je ne suis vraiment pas adepte des prises de tête ni des engueulades. Donc vraiment, pour ce genre de voyage, je reste convaincue que soit tu trouves la personne ou les personnes adéquates pour le faire avec toi (sachant qu’en général, tu ne sais vraiment si elles sont adéquates qu’en tentant le truc) soit tu voyages seul. Personnellement, j’ai décidé de voyager seule. Et puis je le répète, voyager seul, ce n’est jamais être seul. Pendant mon mois de vadrouilles au Pérou et en Bolivie, j’ai compté, je n’ai mangé que 3 fois toute seule donc ça vous donne une idée de ma solitude… Au contraire, j’ai rencontré tellement de personnes, des routards comme moi, avec qui j’ai effectué un bout de chemin, ou des locaux, qui m’ont fait découvrir leur pays. C’est sans aucun doute ces rencontres qui, vous allez le voir, ont rendu mon aventure inoubliable. Je pense réellement que si j’avais été accompagnée, je n’aurais pas fait la moitié des rencontres que j’ai faite. Et puis, je dois bien l’avouer, une petite blonde de 22 ans qui voyage toute seule, ça attire souvent la sympathie et les gens venaient très facilement me parler (et pour s’inviter dans la maison des locaux l’espace d’un repas ou d’une nuit, c’est quand même plus pratique d’être seule et non pas avec un groupe de 10 personnes).

Voyager seule, c’est aussi apprendre à se connaître et apprendre à se retrouver seule avec soi-même.  Pour être honnête, avant de commencer ce long périple, je ne savais pas ce dont j’étais capable. Partir à deux, c’est quand même plus rassurant. Mais je partais vraiment dans l’optique de tester mes limites et voir jusqu’à où je pouvais aller. Au final, j’ai dès le début été comme un poisson dans l’eau. J’ai eu des galères, vous allez le voir, mais rien que je n’ai pu résoudre rapidement. Je n’ai jamais eu peur ou été stressée par quoique ce soit. Chaque jour, je me surprenais un peu plus (d’autant plus que toutes mes conversations ne se faisaient non plus en portugais mais en espagnol cette fois, langue que je ne maîtrisais au début que moyennement). Tous les jours, j’arrivais dans une nouvelle ville, je chopais rapidement des informations, trouvais un hostel dans le centre et partais à la découverte des alentours. Chaque petit détail de chacune de mes destinations m’émerveillait. Donc voilà, sans trop le savoir avant de partir, je me suis rendue compte que ce mode de voyage était fait pour moi. Chaque matin, je me réveillais avec un sourire énorme en me disant que j’étais incroyablement chanceuse et heureuse d’entreprendre ce voyage un peu fou. Aujourd’hui, avec le recul, en plus de tous les incroyables souvenirs que j’ai engrangé (et que je m’apprête à vous faire partager), je me sens particulièrement fière. J’ai vraiment la sensation qu’il y a eu un « avant » et un « après ». Ma façon dont je vois le monde et dont je me vois a énormément changé : j’ai beaucoup plus confiance en moi et je me sens capable d’entreprendre n’importe quoi, comme si rien ne pouvait me résister (les concours du Quai d’Orsay j’arrive).

Bien sûr, avant de partir, j’ai eu des moments de doutes car je n’avais vraiment aucune idée de ce dans quoi je me lançais et surtout je ne connaissais pas personnellement d’autres filles qui l’avaient fait avant moi. « Et si toutes ces personnes qui me traitaient d’inconsciente avaient raison ? » Au final, rien de ça, à partir du moment où j’ai posé mon sac sur mes épaules, tout me semblait naturel et mon voyage s’est enchainé comme si j’avais fait ça toute ma vie.

Et puis, je crois que je voulais aussi partir seule pour clouer le bec à toutes ces personnes qui étaient choquées qu’une fille, qui plus est, de mon âge, voyage seule, sur un continent « si dangereux ». C’était un défi que je me suis donnée à moi-même pour montrer à ces gens que c’était possible et que j’allais le faire. C’était presque un acte féministe au final : je ne vois pas pourquoi j’aurais besoin d’une bite entre les jambes pour prendre mon sac sur le dos et parcourir le monde.

Donc voilà, pour toutes celles et ceux qui sont tentés par ce genre voyage mais qui ont peur ou qui ne pensent pas en être capable, je n’ai qu’une chose à vous dire : lancez vous ! 

Marine. 

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